peche loisir

Pêche de loisir en mer : ce qui change vraiment en 2026

Depuis quelques semaines, l’information circule sur les réseaux et dans les ports : à partir du 10 janvier 2026, les pêcheurs de loisir devront déclarer leurs prises. Cette nouveauté, qui concerne potentiellement 2,5 millions de Français, découle d’un règlement européen adopté fin 2023. Mais concrètement, qui est vraiment concerné ? Et comment cela va-t-il fonctionner ?

D’où vient cette nouvelle obligation ?

Le règlement européen 2023/2842 est entré en vigueur début 2024. Son objectif est simple : mieux connaître l’impact de la pêche de loisir sur certaines espèces fragilisées. Car contrairement aux professionnels qui déclarent leurs captures depuis longtemps, les amateurs n’ont jamais eu cette obligation. Résultat : impossible de savoir précisément combien de bars, de lieus jaunes ou de thons rouges sont prélevés chaque année par les particuliers.

La France a soumis un projet d’arrêté à consultation publique jusqu’au 2 octobre 2025. Plus de 1 200 contributions ont été déposées, preuve que le sujet ne laisse personne indifférent.

Qui doit vraiment déclarer ses prises ?

Première bonne nouvelle : tout le monde n’est pas concerné de la même manière. En 2026, seuls les pêcheurs de 16 ans et plus ciblant cinq espèces spécifiques devront s’enregistrer et déclarer leurs captures.

Ces espèces sont le lieu jaune (ou merlu), le bar, le thon rouge, la dorade rose et la dorade coryphène. Elles ont été choisies parce qu’elles font déjà l’objet de mesures de gestion européennes, comme des quotas ou des périodes de fermeture. Les zones géographiques varient selon les espèces : Manche et Atlantique pour le lieu jaune et le bar, Méditerranée uniquement pour la dorade coryphène.

Si vous pêchez d’autres poissons, vous n’êtes pas concerné pour l’instant. Mais attention, cette liste va s’allonger. D’ici 2030, d’autres espèces seront ajoutées en fonction des avis scientifiques.

Un cas à part : la Méditerranée. Une résolution spécifique oblige tous les pêcheurs de cette façade à s’enregistrer dès janvier 2026, même s’ils ne ciblent pas forcément les cinq espèces listées. Seuls les pêcheurs à pied sans matériel spécifique échappent à cette règle.

Comment fonctionne l’application RECFishing ?

La Commission européenne développe actuellement une plateforme baptisée RECFishing. Elle sera opérationnelle en décembre 2025, juste avant l’entrée en vigueur de la mesure. Neuf autres pays européens l’ont également adoptée.

L’application a été pensée pour être pratique. Elle fonctionnera sans connexion internet, ce qui permet de l’utiliser en mer. Elle proposera notamment une reconnaissance automatique des espèces par photo, bien utile pour les débutants. Les pêcheurs pourront déclarer leurs captures en utilisant les noms communs des poissons, sans avoir à connaître les codes techniques.

Chaque année, il faudra s’enregistrer une seule fois. Ensuite, après chaque sortie, il suffira de déclarer ce qui a été pêché. Le ministère promet une approche pédagogique dans les premiers temps, sans sanctions immédiates pour laisser le temps à chacun de s’habituer.

Pourquoi cette mesure ?

« L’objectif est de mieux connaître la population des pêcheurs et de quantifier leurs prélèvements sur les espèces sensibles », explique Aurélie Darpeix, cheffe du service pêche maritime à la Direction générale des Affaires maritimes.

Plusieurs espèces sont dans une situation préoccupante. Le lieu jaune voit ses populations s’effondrer au point que certains scientifiques réclament un moratoire total. Le thon rouge a frôlé la disparition dans les années 1990 avant que des quotas stricts ne permettent un début de rétablissement. La dorade rose subit toujours une pression forte.

Jusqu’ici, les gestionnaires fixaient les quotas des professionnels sans vraiment savoir ce que prélevaient les amateurs. Cette nouvelle obligation doit permettre d’avoir enfin une vision globale et d’adapter les mesures de protection en conséquence.

Des réactions très partagées

Sans surprise, l’annonce a créé la polémique. Sur les forums et dans les associations, les avis divergent complètement.

« C’est une honte », lâche Chris sur un groupe Facebook dédié à la pêche. « Demain ils interdiront la pêche à pied, la pêche du bord ou en bateau, mais surtout pas touche aux bateaux usine qui pullulent dans nos eaux », renchérit José. Dominique y voit « un permis de pêcher ni plus ni moins ».

Mais d’autres se montrent plus ouverts. Paul, qui pêche le bar en kayak depuis 20 ans dans le Cotentin, reconnaît : « Je constate que l’on est de plus en plus nombreux. J’imagine que cela a des conséquences sur la ressource ». Benoit estime que « ça peut être intéressant si cela est fait à des fins scientifiques. Cela permettrait d’avoir un vrai chiffre et montrer les aberrations des quotas entre pro et loisirs ».

Les critiques des organisations

Les représentants des pêcheurs ne rejettent pas le principe, mais pointent les incohérences du dispositif. Mario Cressent, du Collectif des Pêcheurs Récréatifs, résume : « Sur le fond, on est d’accord car il faut améliorer nos connaissances, mais on refuse d’être la variable d’ajustement de la pêche professionnelle ».

Il s’interroge notamment sur les modalités pratiques : « Deux applications seront disponibles, est-ce que cela veut dire que les pêcheurs devront déclarer deux fois leurs prises ? »

Patrick Valdivia, du Syndicat des Moniteurs Guides de Pêche Français, dénonce un manque d’harmonisation. Dans certains parcs marins de Méditerranée où la déclaration est déjà testée, la pêche est autorisée à partir de 12 ans dans un parc, 14 ans dans un autre, 16 ans dans un troisième. « C’est cacophonique », critique-t-il. Il prévoit de déposer un recours administratif.

Ce qui va se passer ensuite

Le gouvernement a créé un groupe de travail au sein du Conseil National de la Mer et des Littoraux pour affiner le dispositif. Ce groupe, coprésidé par les sénateurs Alain Cadec et Pierre Medevielle, réunit les services de l’État, des représentants de pêcheurs, l’Ifremer, l’Office Français de la Biodiversité et plusieurs ONG.

La version définitive de l’arrêté sera publiée d’ici la fin de l’année. En attendant, les autorités promettent de privilégier l’information plutôt que la répression. L’idée est de laisser le temps aux pêcheurs de s’approprier l’outil avant d’envisager des contrôles et des sanctions.

D’ici 2030, le dispositif s’étendra à davantage d’espèces. La liste sera établie en 2029 en fonction des nouvelles données récoltées et des avis scientifiques actualisés.

Un changement qui va peser

Avec 2,5 millions de pratiquants en mer, la pêche de loisir représente une activité importante en France. Elle génère aussi une économie significative, entre le matériel, les bateaux, les hébergements et toutes les dépenses liées.

La réussite de cette transition dépendra beaucoup de la qualité de l’application RECFishing et de la manière dont elle sera accueillie par les premiers utilisateurs. Si l’outil se révèle simple et utile, l’adhésion suivra probablement. Si au contraire il pose des problèmes techniques ou pratiques, le dispositif risque de rencontrer une forte résistance.

Les prochains mois seront déterminants. La finalisation de l’application, son test par les premiers utilisateurs et les retours du terrain orienteront l’avenir de ce nouveau système qui tente de concilier passion de la pêche et préservation des ressources marines.

Retour en haut