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Cures thermales : un coup de massue budgétaire pour les patients et les professionnels

L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans le milieu du thermalisme français. Le 5 novembre 2025, Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre déléguée chargée de la Solidarité, a confirmé au Sénat une mesure particulièrement sévère concernant les cures thermales. Dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, le gouvernement propose de réduire drastiquement le taux de remboursement des forfaits thermaux par l’Assurance maladie, qui chuterait de 65 % actuellement à seulement 15 %. Couplée à la suppression du remboursement à 100 % pour les patients en affection longue durée (ALD), cette double mesure permettrait, selon la ministre, une économie de 200 millions d’euros pour les comptes sociaux.

Une double peine pour les curistes

La réforme envisagée frappe le secteur thermal sur deux fronts simultanés. D’une part, les patients en ALD, qui bénéficiaient jusqu’à présent d’un remboursement intégral de leurs cures prescrites dans ce cadre, verront leur prise en charge ramenée au droit commun. Concrètement, à partir du 1er février 2026, ces malades chroniques ne seraient plus remboursés qu’à hauteur de 65 %, contre 100 % actuellement. Mais le coup le plus dur concerne l’ensemble des curistes, puisque ce taux de 65 % chuterait lui-même à 15 % pour tous les patients.

Pour comprendre l’ampleur de cette baisse, il faut rappeler qu’une cure thermale classique de 18 jours représente un coût d’environ 600 à 650 euros pour le forfait thermal seul. Avec un remboursement à 65 %, l’Assurance maladie prenait en charge environ 400 euros, laissant 200 euros à la charge du patient (ou de sa mutuelle). Avec un taux ramené à 15 %, le reste à charge grimperait mécaniquement à plus de 500 euros, sans compter les frais d’hébergement, de restauration et de transport qui demeurent déjà largement à la charge des curistes.

Un secteur sous le choc

La profession thermale n’a pas tardé à réagir vigoureusement à ces annonces. Adeline Guérard, vice-présidente du Conseil national des établissements thermaux et présidente de la Chaîne thermale du soleil, n’a pas mâché ses mots en évoquant un « quasi-déremboursement total ». Son organisation, qui gère 20 établissements dans l’Hexagone et représente un tiers du marché du thermalisme français, parle d’un « secteur sous le choc ».

Les chiffres donnent raison à son inquiétude : alors que le budget consacré par l’Assurance maladie aux cures thermales s’élevait à 260 millions d’euros en 2024, les économies prévues atteindraient désormais 200 millions d’euros, soit près de 77 % du budget total. Un changement d’échelle considérable par rapport aux 25 millions d’euros d’économies initialement annoncés en septembre dernier, lorsque seule la suppression du remboursement à 100 % pour les patients en ALD était évoquée.

Cette révision à la baisse inquiète d’autant plus les professionnels que le secteur thermal, qui ne représente que 0,1 % du budget de l’Assurance maladie, peine déjà à retrouver sa fréquentation d’avant-pandémie. Les établissements ont accueilli environ 470 000 curistes en 2024, contre 580 000 en 2019, soit une baisse de près de 20 % qui pèse lourdement sur l’activité.

Un enjeu économique et territorial majeur

Au-delà de la dimension médicale, le thermalisme représente un pilier économique vital pour de nombreuses régions françaises, particulièrement en zone rurale. Selon l’Observatoire national de l’économie des stations thermales, ce secteur génère près de 25 000 emplois directs et indirects et contribue à hauteur de 4,5 milliards d’euros de retombées économiques annuelles. Les élus locaux des territoires thermaux redoutent un effet domino catastrophique : baisse de fréquentation des cures, fermeture d’établissements thermaux, disparition de commerces et services annexes, désertification accrue de zones déjà fragiles.

Cette dimension territoriale explique l’engagement de nombreux parlementaires, toutes sensibilités confondues, qui dénoncent une mesure injuste et aux conséquences disproportionnées par rapport aux économies escomptées. Plusieurs questions écrites et orales ont été déposées à l’Assemblée nationale et au Sénat, demandant au gouvernement de revoir sa copie.

La question de l’efficacité thérapeutique au cœur du débat

La Cour des comptes recommande depuis plusieurs années une évaluation plus stricte du service médical rendu par les cures thermales, estimant que leur efficacité thérapeutique mériterait d’être mieux documentée scientifiquement. Le gouvernement s’appuie en partie sur ces réserves pour justifier sa décision budgétaire.

Face à ces critiques, les professionnels du thermalisme mettent en avant plus de soixante essais cliniques réalisés au cours des vingt dernières années, qui démontreraient selon eux l’efficacité des cures dans plusieurs domaines : rhumatologie, dermatologie, affections respiratoires et troubles psychologiques notamment. Ils dénoncent une méconnaissance des bénéfices prouvés de ces soins et parlent même d’une « cabale » à l’encontre de leur secteur.

Les patients concernés, souvent des personnes âgées ou atteintes de pathologies chroniques, témoignent régulièrement des améliorations ressenties après leurs séjours thermaux : diminution des douleurs, réduction de la consommation médicamenteuse, amélioration de la mobilité et de la qualité de vie. Pour beaucoup d’entre eux, la cure thermale représente l’un des rares moments de l’année où ils bénéficient d’une prise en charge globale et d’un suivi médical rapproché.

Une décision qui n’est pas encore actée

Charlotte Parmentier-Lecocq a tenu à rappeler que le gouvernement « fait des propositions » dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, mais que « le Parlement débat et le Parlement votera ». La ministre a également précisé que la mesure ne constituait pas un « déremboursement » à proprement parler, puisque les dépenses non prises en charge par l’Assurance maladie « pourront être prises en charge par les complémentaires santé ».

Cet argument peine toutefois à convaincre les détracteurs de la mesure, qui soulignent que toutes les mutuelles ne proposent pas une couverture équivalente pour les cures thermales et que le surcoût pèsera nécessairement sur les cotisations des assurés ou sur leur reste à charge. Pour les patients les plus fragiles financièrement, notamment les retraités aux revenus modestes ou les personnes en ALD déjà lourdement impactées par leurs frais de santé, cette réforme pourrait tout simplement rendre les cures thermales inaccessibles.

Le débat parlementaire à venir s’annonce donc particulièrement tendu sur ce sujet, d’autant que la mesure cristallise des inquiétudes plus larges sur l’avenir du système de protection sociale français et sur les arbitrages budgétaires opérés en matière de santé publique. Les prochaines semaines diront si le gouvernement maintient sa position ou s’il accepte d’assouplir une réforme qui suscite déjà une vive opposition.

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