Depuis avril 2025, près de 2 millions d’anciens fonctionnaires de l’État subissent les conséquences d’un système informatique défaillant. Pensions non versées, montants erronés, prélèvements fiscaux incorrects : les anomalies se multiplient. En octobre, un nouveau dysfonctionnement frappe les retraités, cette fois sur le calcul du prélèvement à la source.
Un logiciel défaillant depuis le printemps
Tout commence avec le déploiement d’un nouveau système informatique par le Service des retraites de l’État en avril 2025. Censé moderniser la gestion de 2,5 millions de pensions, ce logiciel a provoqué l’effet inverse. Alors que la Caisse des dépôts l’avait mis en place avec succès pour d’autres régimes, le Service des retraites de l’État accumule les ratés.
Dès le premier mois, entre 25 000 et 30 000 retraités n’ont pas reçu leur pension. Les appels d’aide ont triplé, saturant les plateformes téléphoniques. Les erreurs touchent tous les aspects : cotisations sociales mal calculées, remboursements de CSG erronés, mutuelles non prélevées, rappels jamais versés.
Octobre 2025 : erreur sur le prélèvement à la source
Le 23 octobre, le Service des retraites de l’État alerte sur son site officiel : les retraités dont le taux de prélèvement à la source a récemment changé peuvent constater une application incorrecte du nouveau taux. Résultat : des prélèvements trop élevés qui amputent la pension nette, ou trop faibles qui nécessitent une régularisation.
Ce bug s’ajoute aux problèmes rencontrés en mai, quand des taux de cotisations sociales erronés avaient déjà affecté des milliers de pensions. Les retraités ont attendu des mois avant d’obtenir le moindre remboursement. La Direction générale des finances publiques promet que ces régularisations s’achèveront fin 2025, mais la confiance s’érode.
Êtes-vous concerné ?
Tous les anciens fonctionnaires d’État ne sont pas touchés de la même manière. Vous êtes particulièrement exposé si votre taux de prélèvement à la source a évolué récemment suite à un changement de situation familiale, une variation de revenus, une demande de modulation ou l’actualisation automatique de l’administration fiscale.
Plusieurs signes doivent vous alerter : une différence inhabituelle entre votre pension d’octobre et celle des mois précédents, un montant de prélèvement à la source qui ne correspond pas à celui affiché sur impots.gouv.fr. Si vous n’avez connu aucun changement de taux, vous n’êtes normalement pas concerné par cette anomalie spécifique. Mais la prudence s’impose : depuis avril, les bugs touchent aléatoirement les pensionnés.
Vérifier et réagir
Connectez-vous à votre espace ENSAP pour consulter votre bulletin de pension d’octobre. Comparez le prélèvement à la source avec les mois précédents. Puis vérifiez votre taux officiel sur impots.gouv.fr, rubrique « Gérer mon prélèvement à la source ». Un écart confirme l’anomalie.
Bonne nouvelle : aucune démarche n’est nécessaire. Le Service des retraites de l’État annonce une régularisation automatique en novembre avec application du bon taux et compensation des écarts.
Toutefois, si ce prélèvement excessif met votre budget en difficulté, contactez rapidement le Centre de service des retraites de Laval au 09 70 82 33 35 (du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h, appel non surtaxé). Vous pouvez aussi utiliser la messagerie sécurisée de votre compte ENSAP. Les conseillers peuvent examiner votre dossier et trouver des solutions pour pallier vos difficultés de trésorerie.
Une crise qui dure
L’accumulation des défaillances inquiète davantage que ce bug isolé. Certains retraités attendent toujours les sommes dues depuis le printemps. L’UNSA Retraités multiplie les communiqués pour réclamer une accélération du traitement des dossiers.
La Direction générale des finances publiques vise 19 000 dossiers non résolus d’ici 2027. Ce chiffre montre l’ampleur du problème : plusieurs années de gestion chaotique se profilent pour stabiliser le système.
Quand la modernisation tourne au fiasco
Ce cas illustre les dangers d’une transition informatique mal préparée dans l’administration. Des tests insuffisants, un déploiement trop rapide : le résultat frappe de plein fouet ceux qui ont consacré leur carrière au service public. Certains doivent puiser dans leur épargne, reporter des projets, jongler avec leurs dépenses en attendant des versements corrects.
Au-delà des excuses, les autorités devront tirer les leçons de cet échec et renforcer drastiquement les procédures de contrôle. La question de la responsabilité reste entière : comment un système gérant des milliards d’euros de pensions a-t-il pu être déployé avec autant de failles ?
Novembre, mois de tous les espoirs
Les retraités concernés attendent maintenant le versement de novembre. Le Service des retraites de l’État promet une correction automatique du taux de prélèvement à la source et une compensation des écarts. Reste à vérifier que cette régularisation fonctionnera réellement.
En attendant, un conseil : vérifiez systématiquement chaque bulletin de pension et signalez immédiatement toute anomalie. La situation actuelle impose une vigilance permanente, même pour des pensions gérées par l’État. Pour 2 millions de retraités, novembre doit marquer le début d’une période plus sereine. Mais après huit mois de dysfonctionnements, la confiance reste fragile.


