À l’aube de la réforme des retraites en 2025, les chiffres confirment une réalité persistante : les mères travaillent plus longtemps que les hommes mais touchent une pension nettement inférieure. Malgré des efforts pour compenser les interruptions liées à la maternité, les femmes restent pénalisées, avec une pension moyenne inférieure de 38 % à celle des hommes. Cette situation traduit des inégalités structurelles profondes, liées aux carrières hachées, aux salaires plus faibles et aux contraintes familiales qui impactent directement leur avenir financier.
Alors que l’âge légal de départ à la retraite est repoussé de 62 à 64 ans, cette mesure affecte particulièrement les femmes, surtout celles exerçant dans des métiers pénibles majoritairement féminins. Ces inégalités de pension soulignent l’urgence de réformes ciblées pour assurer une retraite plus équitable.
Des carrières hachées et des interruptions insuffisamment compensées
Les mères subissent des interruptions de carrière fréquentes liées à la maternité, aux congés parentaux non rémunérés ou à la nécessité de réduire leur temps de travail pour s’occuper des enfants. Même si les trimestres accordés pour maternité ou éducation sont censés compenser ces périodes, ils restent largement insuffisants face aux carrières hachées et aux salaires souvent plus faibles des femmes.
Le temps partiel, subi par 25 % des femmes contre moins de 10 % des hommes, aggrave cette situation. Souvent imposé par des contraintes liées à la garde des enfants, il réduit non seulement les revenus immédiats, mais aussi les cotisations versées pour la retraite, diminuant ainsi le montant final de la pension.
L’impact de la réforme 2023 sur l’âge de départ à la retraite
La réforme adoptée en 2023 repousse progressivement l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Cette mesure pénalise particulièrement les femmes, qui doivent déjà compenser leurs interruptions professionnelles en travaillant plus longtemps. En moyenne, elles partent à la retraite à 63 ans, soit environ 8 mois après les hommes, pour rattraper les trimestres manquants.
Les métiers pénibles, dont la majorité sont exercés par des femmes — comme dans les secteurs des soins, du nettoyage ou du commerce —, subissent un double effet. La prolongation de la durée de travail dans ces emplois physiques et parfois éprouvants rend l’accès à une retraite sereine d’autant plus difficile pour elles.
Des écarts de pension qui perdurent malgré une baisse
La pension moyenne des femmes s’établit à 1 268 euros, contre 2 050 euros pour les hommes, soit un écart de 38 %. Bien que cet écart ait diminué depuis 2004, où il atteignait encore 50 %, il reste un obstacle majeur à l’égalité entre les sexes à la retraite.
Les dispositifs actuels, comme la majoration de 10 % de pension pour avoir élevé trois enfants ou plus, tendent à bénéficier davantage aux pères. En effet, ces derniers ont souvent des revenus plus élevés, ce qui amplifie l’avantage en termes de pension. Une piste envisagée est la mise en place d’une majoration forfaitaire ou progressive visant spécifiquement les mères, afin de réduire ces inégalités.
Le poids du temps partiel et des carrières précaires
Le recours au temps partiel, souvent subi, touche un quart des femmes en activité, contre moins de 10 % des hommes. Cette modalité de travail, liée aux responsabilités familiales, impacte la capacité des femmes à accumuler des droits à la retraite. Moins de cotisations signifie une pension plus faible, renforçant leur précarité financière à la retraite.
Cette précarité est également renforcée par des carrières marquées par des interruptions répétées, des salaires plus bas et une moindre progression professionnelle. Ces facteurs combinés créent un cercle vicieux, où les femmes, en particulier les mères, restent systématiquement désavantagées face à leurs homologues masculins.
Des réformes nécessaires pour une retraite équitable
La réalité démontre que la retraite n’est pas vécue de manière équitable entre hommes et femmes. Les disparités liées à la maternité, au temps partiel et aux carrières hachées perdurent, maintenant nombre de mères dans une situation de vulnérabilité financière.
Pour corriger ces iniquités, des mesures ciblées s’imposent. Elles pourraient inclure une meilleure compensation des interruptions liées à la parentalité, l’adaptation des règles de calcul des pensions pour intégrer la pénibilité des métiers féminins, ainsi qu’une refonte des majorations familiales pour qu’elles profitent davantage aux mères. Sans ces ajustements, les inégalités de pension risquent de se prolonger, malgré les avancées législatives.


