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Hantavirus : faut-il vraiment s’inquiéter de ce virus présent depuis des décennies ?

Depuis début mai, le mot « hantavirus » s’invite dans les conversations comme il y a six ans on parlait d’un autre virus. La cause directe : un foyer d’infection détecté à bord du MV Hondius, un navire de croisière qui revenait d’Argentine. Plusieurs décès ont été enregistrés. En France, une première patiente a été testée positive le 11 mai 2026. Vingt-deux cas contacts ont été placés sous surveillance et le gouvernement a pris un arrêté pour formaliser une quarantaine de quarante-deux jours.

Le rapprochement avec le Covid est immédiat dans les médias. Il est pourtant largement trompeur. Ce virus n’a rien de nouveau. Ses modes de transmission sont connus depuis les années 1950 et l’OMS comme l’ECDC considèrent le risque pour la population générale comme faible. Voici ce que disent vraiment les chercheurs.

Un virus ancien, pas une menace émergente

L’hantavirus a été identifié pendant la guerre de Corée, lorsque plus de 3 000 soldats sont tombés gravement malades près de la rivière Hantaan, à la frontière entre les deux Corées. C’est de là que vient le nom. Les premiers travaux scientifiques sérieux remontent aux années 1970 et 1980. La famille des Hantaviridae compte aujourd’hui une vingtaine d’espèces virales différentes.

« L’hantavirus n’est pas un virus émergent », rappelle clairement la professeure Anne Goffard, virologue au CHU de Lille et chercheuse à l’Institut Pasteur de Lille. La France enregistre entre 14 et 320 cas de fièvre hémorragique avec syndrome rénal chaque année depuis 2005, soit un peu plus de 2 000 cas en une vingtaine d’années. À l’échelle mondiale, les estimations vont de 10 000 à 100 000 cas annuels, principalement en Asie et en Europe.

Deux maladies très différentes selon les continents

C’est l’élément le plus important à comprendre. Tous les hantavirus ne se valent pas. La famille se divise en deux grandes branches géographiques, qui provoquent deux maladies cliniquement distinctes.

Les hantavirus de l’Ancien Monde, présents en Europe et en Asie, provoquent une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR). Les symptômes : fièvre soudaine, maux de tête violents, douleurs musculaires, hypotension, puis atteinte rénale pouvant aller jusqu’à l’insuffisance aiguë. La létalité tourne entre 0,4 % et 10 % selon la souche, avec une moyenne basse pour le virus Puumala qui circule en France. En clair, la grande majorité des patients guérit.

Les hantavirus du Nouveau Monde, présents sur le continent américain, sont d’une autre nature. Ils provoquent un syndrome cardiopulmonaire (SPH) dont l’évolution est brutale : toux sèche, détresse respiratoire, œdème pulmonaire, défaillance cardiaque. La létalité grimpe alors entre 30 % et 60 %. C’est cette forme qui est impliquée dans le foyer du MV Hondius, le navire ayant fait escale en Amérique du Sud.

Une transmission par les rongeurs, sauf pour le virus Andes

Pour la quasi-totalité des hantavirus, c’est une zoonose stricte. Le réservoir naturel, ce sont les rongeurs sauvages, principalement les souris et les rats, qui hébergent le virus sans en être malades. L’humain se contamine en inhalant des poussières contenant des particules virales issues d’urine, de salive ou d’excréments séchés de rongeurs infectés. Aucun passage interhumain n’a été démontré pour le virus Puumala européen, le Hantaan asiatique ou le Sin Nombre nord-américain.

Les situations à risque sont assez précises. Nettoyage d’une cave, d’un grenier, d’une cabane ou d’un bâtiment agricole resté longtemps fermé. Activités forestières. Manipulation de stocks de céréales. Camping dans des refuges peu entretenus. Plus rarement, une morsure ou un contact direct avec un rongeur peut transmettre l’infection.

Le virus Andes, lui, fait exception. C’est le seul hantavirus identifié à ce jour qui se transmet bel et bien entre humains. La première démonstration épidémiologique date de 1996, lors d’une flambée à El Bolsón en Patagonie argentine : seize personnes contaminées en chaîne, dont plusieurs n’avaient jamais été exposées à des rongeurs. Depuis, plusieurs clusters ont confirmé le phénomène, le plus marquant étant celui de 2018 toujours en Patagonie : trente-quatre cas, plusieurs superspreaders identifiés. Le foyer a été endigué uniquement grâce à une quarantaine stricte.

Les études argentines et chiliennes ont précisé les mécanismes. La transmission interhumaine du virus Andes se produit surtout pendant la phase prodromique, juste avant l’apparition des symptômes francs et pendant les premiers jours de la maladie. Elle passe principalement par les fluides oraux lors de contacts très étroits : baisers, partage d’un même lit ou d’un même verre, soins entre proches. Un cas de transmission mère-enfant par allaitement a même été documenté au Chili. Ce ne sont donc pas des aérosols à distance comme avec le Covid. C’est une transmission rapprochée bien réelle.

C’est précisément le virus Andes qui est en cause dans le foyer du MV Hondius. Le ministre sud-africain de la santé a confirmé la souche sur une patiente évacuée du navire. L’hypothèse de départ : un ou plusieurs passagers contaminés lors d’une escale près d’Ushuaïa, possiblement dans une déchèterie à ciel ouvert infestée par les rats pygmées de rizière à longue queue, principal réservoir du virus. La transmission s’est ensuite poursuivie à bord, dans les cabines et les espaces de promiscuité.

La situation argentine de 2026 mérite aussi d’être signalée. Selon l’Organisation panaméricaine de la santé, la saison épidémiologique 2025-2026 a recensé cent un cas de virus Andes en Argentine, contre cinquante-sept la saison précédente. Une augmentation significative qui justifie une attention particulière, même si l’OMS et l’ECDC maintiennent que le risque pour la population européenne reste faible.

Quels sont les symptômes ?

L’incubation dure entre une et six semaines après l’exposition, avec une moyenne autour de quinze jours. Les premiers signes sont peu spécifiques : fièvre élevée et soudaine, maux de tête importants, douleurs musculaires, parfois maux de ventre et nausées. Cette phase grippale dure trois à quatre jours.

C’est ensuite que les deux formes divergent. Dans la FHSR (forme européenne et asiatique), apparaissent des douleurs lombaires, une vision floue, une chute de la tension, puis une baisse du volume urinaire signant l’atteinte rénale. La maladie évolue classiquement en cinq phases : fébrile, hypotensive, oligurique, polyurique, convalescente. Des manifestations hémorragiques surviennent dans environ 15 % des cas.

Dans le SPH (forme américaine concernant le virus Andes), l’évolution est plus rapide et plus inquiétante. Après la phase grippale, une toux sèche, une oppression thoracique et un essoufflement s’installent en quelques heures. L’œdème pulmonaire peut nécessiter une intubation. Le pronostic dépend largement de la rapidité de prise en charge en réanimation.

Quels sont les symptômes spécifiques au virus Andes ?

Le virus Andes appartient à la famille des hantavirus américains et produit donc une forme cardiopulmonaire. Mais sa signature clinique mérite d’être précisée, car elle ne se résume pas à un simple SPH classique. Les études argentines et chiliennes décrivent quatre phases successives.

L’incubation est plus courte que pour les autres hantavirus, entre sept et trente-neuf jours selon les patients (Source: https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3291207/), avec une médiane autour de dix-huit jours. C’est important à retenir pour le foyer du MV Hondius : les passagers évacués début mai 2026 sont théoriquement exposés à un risque de déclaration jusqu’à la mi-juin.

La phase prodromique dure trois à six jours. Elle commence par une fièvre élevée d’apparition brutale, accompagnée de frissons, de myalgies particulièrement intenses au niveau des cuisses, des épaules et du dos. Les céphalées sont souvent décrites comme violentes. Les troubles digestifs sont plus marqués que dans la forme européenne : nausées, vomissements, douleurs abdominales, diarrhée. Cette phase ressemble à un état grippal sévère et c’est précisément à ce moment-là que la transmission interhumaine est possible.

La phase cardiopulmonaire survient dans environ la moitié des cas. Elle est foudroyante. En quelques heures s’installent une toux sèche, une dyspnée, une tachycardie et une hypotension liée à une fuite plasmatique dans les capillaires pulmonaires. L’œdème pulmonaire non cardiogénique provoque une hypoxémie sévère qui nécessite presque toujours une ventilation mécanique. Le choc cardiogénique est la complication la plus redoutée. Des manifestations hémorragiques s’ajoutent dans une partie des cas, donnant au virus Andes un profil mixte assez unique parmi les hantavirus.

La phase diurétique signe le retour de la fonction rénale et marque le passage de la zone critique. La convalescence est ensuite longue, souvent plusieurs semaines de fatigue importante et de récupération respiratoire progressive.

La létalité du virus Andes se situe entre 25% et 50% selon les séries, avec un pronostic nettement plus sombre chez les personnes âgées. Une particularité inattendue, documentée par des chercheurs chiliens : le génome viral peut persister dans le sperme jusqu’à soixante-et-onze mois après la guérison clinique. Le rôle exact de cette persistance dans la transmission n’est pas encore élucidé. C’est un signal que les recherches sur le virus Andes sont loin d’être terminées.

Pas de traitement spécifique mais des soins de support efficaces

Aucun antiviral n’a démontré d’efficacité curative contre l’hantavirus et aucun vaccin n’est commercialisé en Europe. La prise en charge reste symptomatique. Elle a toutefois beaucoup progressé. Pour la forme rénale, la dialyse permet de passer le cap de l’insuffisance aiguë. Pour la forme pulmonaire, la ventilation mécanique et, dans les cas les plus graves, l’oxygénation par ECMO (membrane d’oxygénation extracorporelle) peuvent sauver des vies.

Plus le diagnostic est précoce, meilleur est le pronostic. C’est pourquoi la déclaration des cas suspects et la traçabilité des contacts, comme actuellement en France, ont un sens médical réel même si la transmission interhumaine reste faible.

Le risque en France, dans les faits

La France connaît une zone d’endémie historique pour le virus Puumala, dans le nord-est du pays : les Hauts-de-France, en particulier l’Avesnois et une partie du département du Nord, ainsi que les Ardennes et la Franche-Comté. Le réservoir naturel y est le campagnol roussâtre. Une centaine de cas hospitalisés sont détectés en moyenne chaque année. La plupart sont bénins, certains nécessitent une dialyse temporaire.

Le foyer actuel lié au MV Hondius n’a aucun rapport avec ce virus endémique. Il s’agit du virus Andes, ramené d’Amérique du Sud par des passagers contaminés probablement lors d’une escale, possiblement dans une déchèterie à ciel ouvert près d’Ushuaïa infestée par les rats pygmées de rizière, principal réservoir du virus.

Au 12 mai 2026, la situation française se résume ainsi. Une seule patiente confirmée positive : une croisiériste évacuée du navire dont l’état clinique s’est dégradé après une phase initiale de symptômes légers. Vingt-deux cas contacts identifiés sur le sol français (vingt-sept selon certaines sources), tous placés sous mesures d’isolement strictes. Quatre autres passagers français du MV Hondius ont déjà été testés négatifs.

Le gouvernement a pris un arrêté le 9 mai 2026, publié au Journal officiel, qui formalise les mesures d’urgence. Toute personne ayant séjourné à bord du MV Hondius entre le 1er avril et le 10 mai 2026 et arrivant en France est considérée comme un contact à haut risque. Elle fait l’objet, dès son arrivée, d’une évaluation médicale en établissement de santé puis d’une mise en quarantaine. La durée du suivi sanitaire est fixée à quarante-deux jours, conformément à la recommandation de l’OMS qui correspond à la période d’incubation maximale connue.

« Ce qui est essentiel, c’est d’agir dès le début et de briser les chaînes de transmission du virus », a déclaré la ministre de la Santé Stéphanie Rist sur France Inter. L’ECDC et l’OMS maintiennent que le risque pour la population générale française reste faible. Brigitte Autran, professeure émérite d’immunologie et ancienne présidente du Covars, le résume sans ambiguïté : « Il n’y a pas cette contagiosité importante que l’on a eue pour les coronavirus. »

Comment se protéger concrètement ?

Les recommandations tiennent en quelques gestes simples mais précis. Avant de nettoyer un local resté longtemps fermé (cave, grange, cabane), ouvrez les fenêtres et laissez aérer au moins une demi-heure. Évitez de balayer à sec, ce qui remet en suspension la poussière potentiellement contaminée. Préférez le lavage humide à l’eau de Javel diluée au 1/10.

Portez un masque de type FFP2 et des gants pendant le nettoyage. Stockez vos denrées alimentaires dans des contenants hermétiques. Colmatez les ouvertures par lesquelles les rongeurs peuvent pénétrer. En cas de morsure, désinfectez immédiatement et consultez. Pour les voyageurs revenant d’Amérique du Sud avec des symptômes grippaux, signalez votre voyage au médecin lors de la consultation.

Pourquoi le parallèle avec le Covid ne tient pas, malgré le virus Andes

L’existence d’une transmission interhumaine pour le virus Andes ne suffit pas à faire de l’hantavirus un nouveau Covid. Maria Van Kerkhove, épidémiologiste en charge des maladies infectieuses à l’OMS, l’a dit sans ambiguïté lors de sa conférence de presse : « Ce n’est pas le SARS-CoV-2. Ce n’est pas le début d’une pandémie de type Covid. C’est une épidémie que l’on observe sur un bateau. »

Trois raisons solides expliquent cette différence. D’abord, le mode de contact. Le SARS-CoV-2 se transmettait par aérosols dans n’importe quelle situation de vie quotidienne, à plusieurs mètres et sans contact direct. Le virus Andes exige une proximité étroite et prolongée : partage de salive, baisers, soins, cohabitation rapprochée. Dans la rue ou un magasin, le risque est nul.

Ensuite, la fenêtre de contagion. Un porteur d’hantavirus ne transmet pas pendant deux semaines silencieuses comme avec le Covid. La transmission, quand elle existe pour le virus Andes, se concentre sur quelques jours autour de l’apparition des symptômes, ce qui rend la traçabilité et l’isolement bien plus efficaces. C’est exactement ce qui a permis d’éteindre le cluster argentin de 2018.

Enfin, la connaissance. On suit ce virus depuis cinquante ans. On connaît son cycle, ses réservoirs, ses modes de transmission, ses traitements de support. Le Covid était un coronavirus inconnu chez l’humain en décembre 2019. Le virus Andes, lui, a déjà été contenu plusieurs fois par des mesures classiques de santé publique. Cela ne veut pas dire qu’il faut le minimiser, simplement le replacer dans sa juste catégorie de risque.

Ce qu’il faut surveiller dans les semaines à venir

Le foyer du MV Hondius mobilise quatre continents et plusieurs agences sanitaires. La période d’incubation maximale de six semaines justifie la quarantaine de quarante-deux jours imposée par l’OMS, qui court jusqu’au 21 juin 2026 pour les passagers évacués début mai. De nouveaux cas peuvent donc encore émerger sur cette fenêtre.

Les points d’attention pour les prochaines semaines : l’éventuelle apparition de cas secondaires en France parmi les contacts placés en isolement, le résultat des enquêtes épidémiologiques sur la source initiale du foyer (probablement une exposition à terre lors d’une escale). Enfin la validation définitive de la souche virale en cause par les centres nationaux de référence, dont l’Institut Pasteur. Les éléments disponibles à ce jour pointent vers une souche Andes ou apparentée.

Pour l’instant et tant que la situation reste limitée à ce cluster, la vigilance suffit. La panique, elle, n’a aucune base scientifique.

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