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Où voir l’éclipse solaire à Tarbes ce 12 août ?

Tarbes tient l’une des meilleures places de France ce soir. Sur les quatre-vingt-seize préfectures de métropole, la ville arrive deuxième pour la part de Soleil masquée, avec 98,9 % du disque recouvert au maximum. Seule une poignée de communes du Pays basque et des Landes font légèrement mieux.

Reste une difficulté que les chiffres ne disent pas. Au moment du maximum, le Soleil ne sera plus qu’à 6,1° au-dessus de l’horizon, soit à peine plus d’un demi-poing bras tendu. Le choix du lieu comptera donc autant que le pourcentage.

Les horaires à retenir pour ce soir

Le premier contact, l’instant où le bord de la Lune entame le disque solaire, se produit à 19h32. Le maximum survient à 20h27. Le phénomène s’achève théoriquement à 21h19. Le Soleil, lui, se couche à 21h07, ce qui signifie que la dernière phase se déroulera hors de vue.

Ce détail change la façon d’aborder la soirée. Vous ne verrez pas la fin de l’éclipse. Vous verrez en revanche quelque chose de plus rare, un coucher de Soleil échancré, la Lune encore posée sur le disque pendant que celui-ci disparaît derrière la ligne d’horizon.

Inutile d’arriver à la dernière minute. À 20h02, près de 45 % du Soleil sont déjà masqués. À 20h19, on atteint 83 %. L’échancrure devient spectaculaire bien avant l’heure du pic.

Pourquoi la hauteur du Soleil change tout ce soir ?

Six degrés, c’est l’équivalent de dix diamètres solaires empilés au-dessus de l’horizon. Autant dire presque rien.

Concrètement, un immeuble de quatre étages situé à cent mètres de vous suffit à masquer le spectacle. Une rangée de platanes fait le même effet. Depuis une rue du centre-ville de Tarbes, il y a de fortes chances que vous ne voyiez rien du tout.

La direction de visée est l’ouest-nord-ouest, précisément 285° d’azimut. La boussole de votre téléphone affiche cette valeur directement. Prenez trente secondes pour la vérifier avant de vous installer, cela évite de découvrir au dernier moment qu’une colline se trouve pile dans l’axe.

Bonne nouvelle pour Tarbes. Les Pyrénées se dressent au sud, pas à l’ouest. En regardant vers 285°, vous avez devant vous la plaine de l’Adour et les coteaux du Béarn, un relief bien plus doux. La ville est donc mieux placée que Bagnères ou Lourdes sur ce point précis.

Où s’installer autour de Tarbes ?

Le meilleur compromis se joue à l’ouest de l’agglomération, sur les hauteurs qui séparent Tarbes de Pau. Le secteur d’Ossun, d’Azereix et de Séron offre des plateaux agricoles ouverts, sans obstacle vers l’ouest et accessibles en un quart d’heure de voiture. C’est là que la ligne d’horizon est la plus nette.

Plus près du centre, le lac de Soues constitue une option honnête. L’espace est dégagé, le stationnement facile. Les tables de pique-nique permettent d’attendre confortablement. Vérifiez malgré tout la ligne d’arbres à l’ouest du plan d’eau avant de poser votre matériel.

Pour ceux qui veulent de l’altitude, les coteaux de Bagnères-de-Bigorre et le secteur du Bédat dominent la vallée. Vous gagnez en dégagement ce que vous perdez en temps de trajet. À une demi-heure de route, il faut partir tôt, les axes seront chargés en fin de journée.

Le Pic du Jer, au-dessus de Lourdes, revient souvent dans les conversations. Attention au piège. Le funiculaire ferme bien avant 20h27 en soirée. La montée à pied demande une bonne heure. Si vous visez ce sommet, montez par vos propres moyens et prévoyez large, ainsi qu’une lampe frontale pour la redescente de nuit.

Deux endroits à éviter malgré leur charme. Le jardin Massey, magnifique mais planté d’arbres centenaires qui bouchent précisément l’horizon bas. Et le centre-ville en général, où le bâti rend l’observation aléatoire d’une rue à l’autre.

Faut-il se déplacer vers Pau ou vers l’Espagne ?

Vers Pau, non. La ville affiche 99,0 % contre 98,9 % à Tarbes, soit un gain de 0,11 point. Vous ne verrez aucune différence à l’œil. Vous aurez perdu trente-cinq kilomètres de route un soir d’affluence. Le choix du point de vue rapporte infiniment plus que ces quelques centièmes.

Vers l’Espagne, la question est tout autre. La bande de totalité passe à 126 kilomètres au sud, dans le nord de la péninsule. La différence entre 98,9 % et 100 % n’a rien d’anecdotique. La totalité, c’est la couronne solaire visible à l’œil nu, les étoiles qui apparaissent, la température qui chute. Un phénomène sans commune mesure avec une éclipse partielle, même très avancée.

Cela dit, si vous lisez ces lignes aujourd’hui, il est trop tard pour envisager le trajet sereinement. Les cols pyrénéens et les axes vers Huesca et Saragosse seront saturés. Une arrivée tardive du mauvais côté d’un relief ruinerait la soirée. Restez sur Tarbes et savourez vos 98,9 %.

La météo joue en votre faveur

Le ciel est dégagé sur les Hautes-Pyrénées et la probabilité de pluie reste très faible pour la journée. Les conditions sont excellentes.

Un bémol tout de même, lié à la chaleur. Avec des maximales autour de 36 °C, l’air proche de l’horizon devient laiteux en fin de journée. Le Soleil paraîtra orangé et légèrement flou dans les dernières minutes. Ce n’est pas un problème de vue ni de nuage, simplement la turbulence thermique au ras du sol. Cela donne d’ailleurs de très belles photos.

Protégez vos yeux, c’est non négociable

Voilà le point le plus important de tout cet article. C’est aussi le moins intuitif.

À 98,9 %, l’éclipse reste dangereuse à regarder à l’œil nu. Le pour cent de Soleil qui subsiste suffit largement à brûler la rétine. Pire, la baisse de luminosité incite naturellement à fixer le disque plus longtemps, alors même que la pupille se dilate. Le rayonnement infrarouge, lui, ne diminue pas. Les lésions sont indolores sur le moment et souvent définitives.

Seules des lunettes homologuées à la norme CE ISO 12312-2 conviennent. Vérifiez la mention imprimée sur la branche. Une paire achetée pour une éclipse précédente peut encore servir si elle ne présente aucune rayure, aucun pli ni aucun trou, sinon jetez-la.

Ce qui ne protège pas, malgré les légendes tenaces. Les lunettes de soleil, même très foncées ou polarisées. Les radiographies. Les CD. Les verres fumés à la bougie. Les filtres photo empilés. Et surtout, jamais de jumelles ni de télescope sans filtre solaire spécifique monté à l’avant, la concentration lumineuse provoque des dégâts en une fraction de seconde.

Si vous n’avez pas de lunettes ce soir, il reste une méthode sûre et étonnamment jolie. La projection. Percez un petit trou dans un carton, tournez le dos au Soleil et laissez l’image se former sur une feuille blanche placée un mètre derrière. Une passoire de cuisine produit des dizaines de croissants simultanés. Le feuillage d’un arbre fait la même chose naturellement. Le sol se couvre alors de centaines de petits croissants lumineux. C’est l’un des plus beaux effets de la journée et il ne coûte rien.

Ce qu’il faut emporter

Une paire de lunettes homologuées par personne, une boussole ou l’application de votre téléphone pour vérifier l’axe à 285°, de l’eau vu la chaleur. Ajoutez une petite laine pour la fin de soirée si vous montez en altitude.

Pour les photos, sachez qu’un téléphone seul ne rendra rien du croissant solaire. Il donnera en revanche de très belles images du paysage sous cette lumière étrange, ainsi que des croissants projetés au sol sous les arbres. Si vous avez un appareil avec zoom, il faut un filtre solaire devant l’objectif, jamais derrière.

Dernier conseil, le plus simple. Installez-vous dès 19h30 et regardez autour de vous autant que vers le ciel. La lumière change de qualité bien avant le maximum, les ombres se durcissent, les couleurs se délavent. Beaucoup de gens ne fixent que le Soleil et passent à côté de la moitié du phénomène.

La prochaine éclipse totale visible depuis l’Espagne aura lieu le 2 août 2027. Celle de ce soir, à 98,9 %, restera la plus profonde observable depuis Tarbes avant très longtemps.

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